Pour cette première séance, deux pépites datant du début des années 1990:
IFÉ (1993), de Lenn Keller: un très court-métrage en bagnole sur une française qui débarque à San Francisco à la recherche de gouines à séduire. Lenn Keller (1951-2020), était une réalisatrice et photographe africaine-américaine. Elle a fondé en 2014 les Bay Area Lesbian Archives à Oakland, où sont également conservées ses archives personnelles.
FRAMING LESBIAN FASHION (1992), de Karen Everett: une encyclopédie incarnée de la mode lesbienne et de ses controverses - une oeuvre d'éducation populaire pour se situer dans le monde. Karen Everett a réalisé six films documentaires, dont I Shall Not Be Removed, consacré à la vie et à l’oeuvre de Marlon Riggs, réalisateur pionnier du cinéma noir et gay. Elle est également consultante au sein de New Doc Editing et a longtemps enseigné le montage documentaire à l’université de Berkeley.
Après la projection, nous poursuivons la conversation avec Marine Kisiel, historienne de la mode.
Ciné-Gouines est un cycle de films fabriqués dans la baie de San Francisco en 1981 et 2015, composé d’une collection de films rares dont certains sont pour la première fois montrés en France. La plupart ont été réalisés par des protagonistes de l’histoire sur laquelle j’enquête, et j’ai eu la chance de les interviewer au sujet de leur travail. Chaque mois, je sélectionne un long-métrage et un court-métrage, et j’invite un ou une experte des sujets abordés dans les oeuvres à poursuivre le dialogue avec le public après la projection.
Le mercredi 15 avril, le cycle ciné-gouines revient pour une deuxième séance exceptionnelle à la Flèche d’Or. Cette fois-ci, un seul film, et une invitée spéciale.
𝑽𝒂𝒍𝒆𝒏𝒄𝒊𝒂, 𝑻𝒉𝒆 𝑴𝒐𝒗𝒊𝒆/𝒔 (2013, 105 min.), est un film collectif réalisé par 18 réalisateur·ices. Il est l’adaptation du roman lesbien culte 𝑽𝒂𝒍𝒆𝒏𝒄𝒊𝒂 (2001), de l’écrivaine Michelle Tea. Le livre a été traduit en français en 2024 par Jeanne Gissinger aux éditions Hystériques & Associées.
Après le film, nous aurons la chance de recevoir Michelle, présente à Paris pour l’occasion, et de l’entendre raconter les coulisses de la fabrication du film, et des enjeux de la représentation d’une époque lesbienne disparue sous les assauts de la gentrification de San Francisco.
Michelle Tea, écrivaine et éditrice américaine, est née en 1971. Installée à San Francisco en 1993, elle y a fondé le légendaire réseau de spoken word Sister Spit, qui a révolutionné la scène littéraire queer et lesbienne américaine. Elle a ensuite été a l’initiative de nombreux projets littéraires et poétiques collectifs, jusqu’à la création il y a quelques années de la maison d’édition Dopamine Books. Elle est l’autrice d’une vingtaine de romans, mémoires, récits et autres inclassables.
Une programmation rendue possible grâce au soutien financier précieux de la LIG, fonds de dotation féministe et lesbien, et grâce à Lucie Brux, qui a traduit et réalisé le sous-titrage en français du film.
Affiche: Anna Benarrosh Orsoni / @roshbena
Pour sa troisième édition, le cycle Ciné-Gouines s’associe au colloque du groupe de recherche Culture et Images Lesbiennes, deux journées consacrées aux pratiques et représentations du collectif. Au programme, deux courts-métrages et un long:
SHUT UP WHITE BOY (2002, 13 min.) de Vũ T. Thu Hà : buddy-movie onirique et punk dans lequel les lesbiennes asiatiques-américaines de SF prennent leur revanche. Ce film en noir et blanc, beau et jouissif, devrait être un classique.
BLUE DIARY (1998, 5 min.) de Jenni Olson: dans ce délicieux court, la voix de Silas Howard arpente les paysages d'un San Francisco déserté pour relater les pensées mélancoliques d'une gouine dévorée par le souvenir d'une aventure avec une fille hétéro. Déjà un classique lesbien!
THE ROYAL ROAD (2015, 64 min.) de Jenni Olson: une écriture lyrique et délicate au service d'un film-essai sur la nostalgie, la quête de l'amour impossible, l'identité butch, et la colonisation espagnole de la Californie. Le tout sur fond de paysages californiens contemplatifs, esthétique unique qui a fait le renom des films de Jenni.
Vũ T. Thu Hà est une artiste pluridisciplinaire née au Vietnam et installée dans la Baie de San Francisco, principalement connue pour ses films, ses photographies et ses installations. Son travail propose une réflexion visuelle sur les questions d'identité, de langue, d'assimilation et d'immigration dans la communauté asiatique-américaine. Elle a réalisé et produit le long métrage narratif expérimental Kieu (74 minutes), Each Night (2001) et Shut Up White Boy (2002). Tous ses films ont été et continuent d’être projetés aux États-Unis et à l’étranger.
Jenni Olson est écrivaine, archiviste, historienne, consultante, réalisatrice de films documentaires. Elle est l'une des plus grandes expertes mondiales de l'histoire du cinéma LGBTQ. Ses deux longs métrages documentaires et ses quatre courts métrages ont été projetés dans le monde entier, où ils ont remporté de nombreux prix. Elle est également l'autrice de l’ouvrage The Queer Movie Poster Book, ainsi que de plusieurs films de bandes-annonces de films (Homo Promo, Afro Promo, etc.). Son œuvre ainsi que sa vaste collection de films et d’artefacts LGBTQ sont conservées à Harvard.
Les projections seront suivies d’une conversation avec Mercedes McGrath, spécialiste du cinéma queer.