Ciné-Gouines est un cycle de films fabriqués dans la baie de San Francisco en 1981 et 2015, composé d’une collection de films rares dont certains sont pour la première fois montrés en France. La plupart ont été réalisés par des protagonistes de l’histoire sur laquelle j’enquête, et j’ai eu la chance de les interviewer au sujet de leur travail. Chaque mois, je sélectionne un long-métrage et un court-métrage, et j’invite un ou une experte des sujets abordés dans les oeuvres à poursuivre le dialogue avec le public après la projection.
Ciné-Gouines is a film series featuring films made in the San Francisco Bay Area between 1981 and 2015. The series consists of a collection of rare films, some of which are being shown in France for the first time. Most were directed by key figures in the city’s lesbian history. This is the subject of my current research, and I’ve had the opportunity to interview many of them about their work. Each month, I select a feature film and a short film, and I invite an expert on the topics addressed in the films to engage with the audience after the screening.
Affiches: Anna Benarrosh Orsoni / @roshbena
Pour cette première séance, deux pépites datant du début des années 1990:
IFÉ (1993), de Lenn Keller: un très court-métrage en bagnole sur une française qui débarque à San Francisco à la recherche de gouines à séduire. Lenn Keller (1951-2020), était une réalisatrice et photographe africaine-américaine. Elle a fondé en 2014 les Bay Area Lesbian Archives à Oakland, où sont également conservées ses archives personnelles.
FRAMING LESBIAN FASHION (1992), de Karen Everett: une encyclopédie incarnée de la mode lesbienne et de ses controverses - une oeuvre d'éducation populaire pour se situer dans le monde. Karen Everett a réalisé six films documentaires, dont I Shall Not Be Removed, consacré à la vie et à l’oeuvre de Marlon Riggs, réalisateur pionnier du cinéma noir et gay. Elle est également consultante au sein de New Doc Editing et a longtemps enseigné le montage documentaire à l’université de Berkeley.
Après la projection, nous poursuivons la conversation avec Marine Kisiel, historienne de la mode.
Le mercredi 15 avril, le cycle ciné-gouines revient pour une deuxième séance exceptionnelle à la Flèche d’Or. Cette fois-ci, un seul film, et une invitée spéciale.
VALENCIA, THE MOVIE/S (2013, 105 min.), est un film collectif réalisé par 18 réalisateur·ices. Il est l’adaptation du roman lesbien culte 𝑽𝒂𝒍𝒆𝒏𝒄𝒊𝒂 (2001), de l’écrivaine Michelle Tea. Le livre a été traduit en français en 2024 par Jeanne Gissinger aux éditions Hystériques & Associées.
Après le film, nous aurons la chance de recevoir Michelle, présente à Paris pour l’occasion, et de l’entendre raconter les coulisses de la fabrication du film, et des enjeux de la représentation d’une époque lesbienne disparue sous les assauts de la gentrification de San Francisco.
Michelle Tea, écrivaine et éditrice américaine, est née en 1971. Installée à San Francisco en 1993, elle y a fondé le légendaire réseau de spoken word Sister Spit, qui a révolutionné la scène littéraire queer et lesbienne américaine. Elle a ensuite été a l’initiative de nombreux projets littéraires et poétiques collectifs, jusqu’à la création il y a quelques années de la maison d’édition Dopamine Books. Elle est l’autrice d’une vingtaine de romans, mémoires, récits et autres inclassables.
Une programmation rendue possible grâce au soutien financier précieux de la LIG, fonds de dotation féministe et lesbien, et grâce à Lucie Brux, qui a traduit et réalisé le sous-titrage en français du film.
Pour sa troisième édition, le cycle Ciné-Gouines s’associe au colloque du groupe de recherche Culture et Images Lesbiennes, deux journées consacrées aux pratiques et représentations du collectif. Au programme, deux courts-métrages et un long:
SHUT UP WHITE BOY (2002, 13 min.) de Vũ T. Thu Hà : buddy-movie onirique et punk dans lequel les lesbiennes asiatiques-américaines de SF prennent leur revanche. Ce film en noir et blanc, beau et jouissif, devrait être un classique.
BLUE DIARY (1998, 5 min.) de Jenni Olson: dans ce délicieux court, la voix de Silas Howard arpente les paysages d'un San Francisco déserté pour relater les pensées mélancoliques d'une gouine dévorée par le souvenir d'une aventure avec une fille hétéro. Déjà un classique lesbien!
THE ROYAL ROAD (2015, 64 min.) de Jenni Olson: une écriture lyrique et délicate au service d'un film-essai sur la nostalgie, la quête de l'amour impossible, l'identité butch, et la colonisation espagnole de la Californie. Le tout sur fond de paysages californiens contemplatifs, esthétique unique qui a fait le renom des films de Jenni.
Vũ T. Thu Hà est une artiste pluridisciplinaire née au Vietnam et installée dans la Baie de San Francisco, principalement connue pour ses films, ses photographies et ses installations. Son travail propose une réflexion visuelle sur les questions d'identité, de langue, d'assimilation et d'immigration dans la communauté asiatique-américaine. Elle a réalisé et produit le long métrage narratif expérimental Kieu (74 minutes), Each Night (2001) et Shut Up White Boy (2002). Tous ses films ont été et continuent d’être projetés aux États-Unis et à l’étranger.
Jenni Olson est écrivaine, archiviste, historienne, consultante, réalisatrice de films documentaires. Elle est l'une des plus grandes expertes mondiales de l'histoire du cinéma LGBTQ. Ses deux longs métrages documentaires et ses quatre courts métrages ont été projetés dans le monde entier, où ils ont remporté de nombreux prix. Elle est également l'autrice de l’ouvrage The Queer Movie Poster Book, ainsi que de plusieurs films de bandes-annonces de films (Homo Promo, Afro Promo, etc.). Son œuvre ainsi que sa vaste collection de films et d’artefacts LGBTQ sont conservées à Harvard.
Les projections seront suivies d’une conversation avec Mercedes McGrath, spécialiste du cinéma queer.
Le mercredi 10 juin 2026, Ciné-Gouines #4 revient à la Flèche d’Or pour des adieux avant la fermeture du lieu, avec un film adapté aux températures estivales:
BLOODSISTERS: LEATHER, DYKES, AND SADOMASOCHISM (1995, 70 minutes)de Michelle Hendelmann
Dans l’effervescence des procès pour obscénité qui ontmarqué les années 1990 aux États-Unis, le film a été la cible de l’American Family Association, indignée par la vue de « femmes nues se fouettant mutuellement, du sang coulant sur leurs seins nus, des piercings corporels choquants, ainsi que d’autres scènes faisant l’apologie d’un mode de vie lesbien sadomasochiste » Damn!!
Voici donc l'occasion de déclarer que juin est le Mois des Immoralités et pour cette occasion, d'en regarder le Livre Saint. Car Bloodsisters est non seulement un film légendaire, mais aussi un document historique unique sur un groupe de gouines mises au ban de sa propre communauté: de vilaines filles qui ont propagé la culture cuir et BDSM dans les années 80 et 90 à San Francisco. Plutôt que de céder aux théorisations moroses et aux polémiques frigides, ses membres ont préféré se consacrer, avec poésie et hédonisme, à tous les kinks que permet l’alphabet. Ce film en explore toutes les facettes en images et par les récits de figures mythiques, qui seraient probablement ravi·es d’être votre Daddy ou votre Mommy queer: Pat(rick) Califia, Peggy Sue, Tala Brandeis, Skeeter B.C. Cliver, & many others.
La projection sera suivie d’une discussion avec Lou Lootgieter, auteurice et spécialiste des cultures et des sexualités lesbiennes. Iel a notamment publié, Les dessous lesbiens de la chanson (Ixe, 2019, avec Pauline Paris) et de Les dessous lesbiens de la littérature (Points, 2026).
Ensemble, nous discuterons de la place de la culture sexuelle dans la culture lesbienne aujourd’hui: Comment les mobilisations pour les droits ont-elles influencé la place du sexe dans la vie publique gouine? Pourquoi les événements autour de la sexualité queer sont-ils, en apparence, peu développés en France? Les lesbiennes parlent-elles réellement plus de jeux de société que de jeux érotiques?